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Le clonage des espèces disparues: l’éthique de la science mise à mal

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Un énorme barrissement surgit de la pièce du fond. Pris par surprise, l’équipe se bouscula vers la fenêtre sans tain. Ça y est ! C’est le moment.

Henrietta, l’éléphante de 17 ans s’apprêtait à mettre bas. Le pachyderme sentait bien la fébrilité qui existait de l’autre côté du mur. Seule dans une pièce à l’atmosphère contrôlée, la femelle terminait une gestation qui semblait bien différente aux précédentes.

Au terme de plusieurs efforts, le mastodonte éjecta finalement ce qui ressembla d’abord à une grosse boule de poils longs et drus. Un liquide visqueux se répandit sur le plancher froid.

Médusés, les scientifiques observaient la scène avec attention. La mère, à bout de force, se tourna vers son rejeton lentement. Un long silence. Henrietta observa longuement son nouveau-né. Sans comprendre vraiment.

Une fois sur ses pattes, la morphologie ce dernier se démarquait nettement de sa mère. Front haut et proéminent, longs poils d’apparence laineuse, courbure accentuée du dos, le petit n’avait rien de la mère.

« Nous avons réussi ! »

En effet, ils avaient réussi. L’équipe d’experts venaient d’assister à la première naissance du mammouth laineux par clonage. Une première mondiale.

Utopie ? Fantaisie scientifique ?

Non.

La scène décrite ici pourrait très bien se dérouler d’ici 2018.

Une expédition de la Société géographique de Russie vient de mettre la main sur une carcasse de mammouth femelle âgée de 60 ans. Outre le fait d’être la première femelle mammouth découverte, rien d’exceptionnel jusque là. Ce qui rend cette trouvaille exceptionnelle est le sang imprégné dans les tissus de la carcasse. Et ce malgré des températures extrêmes. Or voilà la chance pour la science de faire renaître ce mastodonte aux grandes défenses d’un passé vieux de 10 à 15000 ans.

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« Quand nous avons percé la glace sous son ventre, du sang a coulé, très foncé. C’est le cas le plus étonnant que j’aie vu dans ma vie », raconte Semen Grigoriev, le chef de l’expédition, « Comment le sang a-t-il pu rester liquide? Il n’a pas moins de 10.000 ans! Et les tissus musculaires étaient rouges, de la couleur de la viande fraîche. »

Sommes-nous à l’aube d’un véritable « Parc Jurassique ? »

La question mérite d’être posée. Car les scientifiques ont déjà identifié 24 espèces disparues qui mériteraient une seconde chance de vivre ! Parmi celles-ci, on dénombre le fameux dodo, le tigre de Tasmanie, l’ours à face courte et même l’homme de Néanderthal !

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Qu’en est-il des grandes théories de Darwin ? Le grand concept de l’évolution engage nécessairement la disparition d’espèces. C’est l’ordre universel. Voilà que l’homme se propose de modifier ce concept. Quel sera les conséquences de ces manipulations ?

Je reconnais que de revoir une telle créature aujourd’hui serait pour le moins fantastique. Et le mot n’est pas fort. Mais à quel prix ?

Je pense ici aux dérapages possibles: jusqu’où iront-ils ? Où s’arrêtera la machine ? Que fera-t-on si l’ADN disparaît par la faute de terroristes devant l’appât du gain ? Que fera-t-on si une créature s’enfuit dans la nature et chamboule l’écosystème ? Et si on voulait faire revivre Lénine, Hitler ou Mussolini ?

Est-il moralement, éthiquement correct de tenter une telle expérience ?  Je ne crois pas. Je crois à l’évolution de l’Univers sans pour autant ne pas faire le maximum pour empêcher d’autres espèces de disparaître.

Il y va de notre responsabilité.